Le voyage dans le sang

Papa,

Tu sais qu’à chaque fois que l’on me demande ce que je fais à l’opposé du globe je pense à toi ? Oui, on me regarde avec des yeux inquisiteurs me questionnant d’où vient ce goût pour les voyages, comme pour trouver la ‘source’ du problème : de qui je tiens cette envie de découvrir le monde, me nourrir de la beauté des paysages et rencontrer de nouvelles personnalités.

Papa, tu sais, les gens ne me comprennent pas forcément. Pourquoi une fille de vingt-deux ans, études à peine terminées, décide de partir seule à l’autre bout de la terre. Ils ne comprennent pas que ma vie n’est pas déjà écrite, loin d’être tracée et hors des sentiers battus ; que je n’ai pas envie de rentrer dans un moule, faire comme tout le monde et que j’ai besoin de vivre ma vie ; qu’en les quittant je ne les abandonne pas, que je ne joue pas la rebelle, que je saisis juste ma chance, pour mieux revenir -‘upgrade’ comme dirait ma jolie Lauriane-.

Papa, désolée de ne pas donner de nouvelles aussi souvent que je le devrais. Tu m’avais justifié un jour le fait que, lors de tes aventures, les moyens de communication étaient rares et que ta mère, -mamie-, dans toute sa détresse et amour maternel, se devait d’appeler ton supposé travail de l’époque afin de savoir si tu étais toujours en vie, au moins. Même avec les nouveaux médias et la facilité d’accès à internet, j’avoue que cela ne reste pas facile. Déjà d’une part, parce que je suis pas mal occupée et que le décalage horaire est une calamité (mais tu sais pertinemment que ce n’est qu’une grosse excuse ce que je viens d’écrire) et d’autre part, parce que c’est mon aventure, que je veux la vivre pleinement et que je n’ai pas envie de te mêler à tout ça.

Oui, Papa, tu sais que tous les gens ne sont pas gentils ; et bien que j’ai eu l’extrême chance de faire des plus belles découvertes humaines de ma vie ici c’était aussi l’occasion pour moi de découvrir le monde de manière plus large et d’être au coude à coude avec des gens dont j’espérais ne jamais devoir croiser la route. Tu le sais mieux que quiconque, il y a relativement peu de cons sur terre, mais ils sont tellement bien répartis qu’on en trouve à tous les coins de rue. -j’espère n’offenser aucun piéton, c’est l’une de mes phrases préférées.-

Papa, je pense à toi souvent. Je pense à mon départ, ton regard de fierté de me voir me tirer à l’aéroport, comme une grande, m’envoler, dans cette nouvelle vie qu’est la mienne à présent. Je pense à la manière dont tu aurais appréhendé les choses à ma place quand il m’arrive des coups bas -même si on parle d’un autre espace temporel et du fait que je sois une fille, ce qui est plus compliqué parfois en ce monde- et comment tu aurais agi face à des occasions à saisir immédiatement, des coups de folie et spontanéités sans égales. Je pense au courage que tu as eu d’oser, de partir à l’aventure, de faire ce dont tu rêvais, d’agir comme tu l’as fait et revenir, grandi. Je pense souvent à toi, et à la question que j’ai rédigée au début de cette lettre, je me dis que oui, je tiens pas mal de toi au final. Et qu’est-ce que ça me fait sourire.

Bon, Papa, je t’écris tout cela sur mon blog, j’imagine déjà maman verser une petite larme, mais son sourire post lecture est généralement tellement attendrissant que je ne m’en veux même pas une seconde de te rédiger ça ouvertement. Elle saura juste à nouveau la chance qu’elle a d’avoir épousé un homme aussi formidable, courageux et aventurier qu’est mon père. Ce qui est une très bonne chose en soi, et je ne doute même pas qu’elle ai gardé cette information bien rangée dans un joli tiroir de sa mémoire, comme bien d’autres choses que sont ton humour, ta gentillesse, ta compassion, ton amour.

Oh, Papa, mais quelle fille je suis ! Tu sais, je suis dans le futur ici, neuf heures de décalage, et encore une à venir le mois prochain. Tu sais ce que cela signifie ? Aujourd’hui c’est ton anniversaire ! Et même si je n’ai pas de présent à t’offrir, je tiens à ce que tu saches une seule chose, valable à chaque ‘tac’ de l’horloge : je t’aime.

Joyeux anniversaire mon plus grand modèle.

3 commentaires sur « Le voyage dans le sang »

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